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La question de la représentation du monde et de sa reproduction sont fondatrices pour Thomas Merret. La photographie est la source première de son travail. Ses oeuvres problématisent précisément les questions photographiques et toute sa recherche prend forme, progressivement, autour de cela. Pour autant les supports sont multiples ; mais la question de l'impression, de la couleur et de la perception est obsédante.
Ses pièces font partie d'un long cours engagé depuis plusieurs années. Elles sont solidement ancrées dans l'histoire de l'art et des techniques ; mais Thomas travaille par l'image. La forme de l'oeuvre est simple, et la nécessité de l'alibi – inventer un système d'action, permet donner la distance, et la puissance à ce qu'il y a après, par delà l'oeuvre – qu'elle soit image ou dispositif. Le moteur du travail semble se trouver dans cette recherche insistante ; ce qui existe présentement « par l'oeuvre » puis « après l'oeuvre ».
Sa série des photographies des mers, tentative d'archives des frontières maritimes, est un témoin frappant. Travail en cours – « projet de toute une vie », elle manifeste le rapport intense du geste à l'oeuvre : montrer une frontière, imperceptible, et voir peu : l'horizon, inchangé. L'immense tâche entreprise par l'artiste donne une valeur saisissante à chacune des photographies.
Aussi, lorsqu'il photographie les reproductions d'oeuvres d'art de "la collection du frère Clavel" (2013), le caractère anthologique de la pièce nous ramène également très fortement à la question de l'unicité de l'oeuvre ; pourtant l'artiste revient surtout avec force sur le principe de réalité. La correspondance des représentations ne permet pas d'en savoir plus : les nuances des couleurs et des teintes, établies par la copie et l'impression, rassurent seulement la vulnérabilité de la réalité.
Ainsi cette dimension réflexive et temporelle du travail de Thomas Merret semble avoir pour vocation de replacer toujours le spectateur au centre de l'oeuvre. Il faudrait aussi dire que l'ensemble de ses développements théoriques sont alimentés par ses déplacements physiques dans le monde, et que ce n'est pas un détail dans ce travail.


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World representation and its reproduction is the foundation for Thomas Merret's work. Photography is the primary source for his work. It specially questions photographic issues, and his research gradually takes form around them. However, he uses multiple mediums to address questions of printing, color and perception. His pieces are involved in long-term commitments of many years. They are strongly rooted in Art history and technology but he works through various forms of representation. The shape of the work is simple and in need of a system:
he invents an action that allows distance and control because what is important to him is what happens after the system is applied. The driving force of the work seems to be this persistent research of what currently exists "during the work" and "after the work". His series of photographs of the seas and a complete archive of maritime limits is a perfect illustration of a work in progress and a "project of a lifetime.” It manifests the intense relationship of a gesture with an artwork by showing an imperceptible border and depicting only an unchanged horizon. The immense task undertaken by the artist gives additional value to each of the photographs.
Merret also photographed art reproductions from la collection du frère Clavel (2013), where he chose paintings that existed in different editions to show the difference in printing, and how an image can exist as an original and its reproductions simultaneously. The anthological signs of each piece brings us to strongly question the uniqueness of the work. The artist strongly comes back to a principle of reality. The shades of color and dye, set up by copying and printing, just reassure the vulnerability of reality. So, this reflexive and temporal dimension of Merret's work has always intended to put the viewer in the center of the work. It should also be said that his physical movements in the world power all of his theoretical research.

Sabine Tarry / Mai 2015