"C'est un projet de toute une vie" s'amuse Thomas Merret, 25 ans tout juste. C'est dit sans emphase mais avec la détermination nécessaire à ce type de folle entreprise. Depuis quelques années au gré des voyages et des opportunités, ce jeune artiste passé par l'Ecole des beaux-arts de Chalon sur Saône et de Clermont Ferrand répertorie les frontières imaginaires des mers et des océans. A l'aide du fichier de l'Organisation hydrographique internationale de Monaco et d'une carte établie en 1953, Thomas Merret suit invariablement le même protocole qui consiste à se rendre sur la côte avoisinante, à pointer sa boussole vers les coordonnées GPS opposées et à tirer une ligne invisible qui quadrille l'horizon à angle droit. C'est à cet endroit très précisément qu'il réalise un seul et même cliché. " Je ne reste jamais sur place, je ne visite pas les environs" commente Thomas Merret qui, pour l'heure, compte à son actif une petite dizaine de d'images prises en Bretagne, en Ecosse ou en Espagne. Ces instantanés sont ensuite sobrement inventoriés selon leurs coordonnées géographiques : " 41°53'29" N 3°12'06" E", "36°06'34" N 5°20'42" O", " 43°46'17" N 7°52'09" O" etc. Ses photographies, au format immuable (88 / 109 cm) ont récemment été présentées dans l'exposition "Livret IV" organisé par Irmavep au Musée départemental d'art contemporain de Rochechouart. Il y a du romantisme dans cette posture de l'artiste que l'on se représente tel le "voyageur contemplant une mer de nuages", peinture célèbre de Caspar David Friedrich. Du romantisme mais pas seulement, car ce qui compte avant tout dans la démarche de Thomas Merret c'est l'extrême précision avec laquelle il procède. Une minutie et un sens du détail qui le rapproche davantage de la figure de l'enquêteur ou du détective. Chacune de ses pièces, qu'il s'agisse de ses cloches en bronze réalisées dans une fonderie en Ecosse sur la base de notes interdites dans la musique religieuse ou de cette vidéo d'une heure et 11 minutes intitulée "Crépuscule(s)" qui compile dans un fondu enchaîné renseigné par les données de la NASA trois couchers de soleil civil, nautique et astronomique, repose au préalable sur un long travail de recherche, de documentation et de vérification des données. Comme s'il s'agissait avec l'art, et sans s'interdire le recours à la fiction, de valider des hypothèses.

Claire Moulène,
Catalogue "Les Enfants du Sabbat XIII"
édition mes pas à faire au creux de l'enfer